ChatGPT Ads arrive en Europe : 31 marchés à conquérir
OpenAI étend ChatGPT Ads à 31 marchés européens. L’annonce, publiée par l’entreprise sous le titre « ChatGPT Ads expands across Europe », fait entrer une nouvelle phase de monétisation dans l’interface conversationnelle de l’éditeur américain. Pour les annonceurs, l’enjeu est clair : atteindre des utilisateurs au moment où ils cherchent une information, évaluent des options ou comparent des produits et services. Pour les utilisateurs européens, le changement est plus structurel : la publicité s’invite dans un environnement dont la promesse première repose sur la conversation, l’assistance et la génération de réponses.
Mise à jour du 04/09/2026 — Depuis le 31 août 2026, l’accès en libre-service à ChatGPT Ads via Ads Manager est disponible dans les 31 marchés européens annoncés par OpenAI, dont la France. (openai.com)
Cette extension ne se résume donc pas à l’ouverture de nouveaux territoires commerciaux. Elle pose une question centrale pour l’écosystème numérique européen : à quoi ressemble la publicité lorsqu’elle ne s’insère plus seulement entre deux publications sociales, au-dessus de résultats de recherche ou avant une vidéo, mais dans une expérience fondée sur une interaction en langage naturel ? Le sujet recoupe immédiatement la transparence des messages commerciaux, la protection des données, la capacité de l’utilisateur à distinguer une recommandation éditoriale d’un placement sponsorisé, ainsi que la responsabilité de la plateforme qui orchestre cette conversation.
« ChatGPT Ads expands across Europe »
En indiquant vouloir aider les annonceurs à rejoindre les utilisateurs pendant leurs phases de recherche et de comparaison, OpenAI se positionne sur un terrain historiquement dominé par les moteurs de recherche, les comparateurs, les places de marché et, dans une moindre mesure, les réseaux sociaux. Mais une conversation avec une IA n’est pas une page de résultats classique. Elle peut être longue, contextuelle, imprécise au départ, puis de plus en plus détaillée. C’est précisément ce qui donne à ce format son potentiel commercial, tout en renforçant les attentes de clarté et de contrôle dans l’Union européenne.
Une nouvelle étape dans la recherche d’un modèle économique pour ChatGPT
Depuis son lancement public, ChatGPT a été associé à une transformation rapide de l’accès grand public à l’intelligence artificielle générative. L’outil a contribué à familiariser un public très large avec une interaction fondée sur le dialogue : une personne formule une demande, précise son besoin, corrige un point, demande des alternatives, puis poursuit la conversation. Cette dynamique a modifié les usages de recherche d’information, de rédaction, de programmation, de traduction, de préparation de documents ou encore de comparaison.
OpenAI a progressivement structuré son offre autour de plusieurs formules d’accès et de services destinés aux particuliers comme aux organisations. L’arrivée de ChatGPT Ads ajoute une composante publicitaire à cette équation. Dans les grands services numériques grand public, la publicité constitue depuis longtemps un levier essentiel pour financer un accès gratuit ou à faible coût, tout en ouvrant un canal d’acquisition aux marques. Les moteurs de recherche ont bâti une part considérable de leur économie sur les requêtes exprimant une intention. Les réseaux sociaux ont développé une logique différente, largement fondée sur l’attention, les audiences et les interactions. La publicité conversationnelle cherche potentiellement à combiner ces deux dimensions : une intention explicite exprimée dans une discussion et un contexte évolutif construit au fil des échanges.
L’annonce d’OpenAI ne présente pas simplement ChatGPT comme un support supplémentaire de diffusion. Elle met l’accent sur les moments de recherche et de comparaison. Ce vocabulaire est important. La recherche et la comparaison correspondent souvent à une période située avant une décision : choisir un logiciel, identifier un prestataire, comprendre des offres, examiner des caractéristiques, préparer un achat ou arbitrer entre plusieurs solutions. Dans ces situations, l’utilisateur peut avoir besoin de clarifier ses critères avant même de savoir quelle marque il recherche. Une IA conversationnelle est, par nature, adaptée à cette phase d’exploration.
Le modèle économique des assistants d’IA est toutefois soumis à une contrainte différente de celle d’un moteur de recherche traditionnel. Produire une réponse générative implique des infrastructures de calcul, des modèles, des capacités de traitement et une exploitation continue du service. La monétisation par abonnement répond à une partie de cette réalité. La publicité peut en constituer une autre, en particulier lorsque l’objectif est de proposer un accès à grande échelle. L’expansion européenne de ChatGPT Ads montre que cette piste ne reste pas confinée à un seul marché.
Le choix de 31 marchés européens donne à l’opération une portée continentale. Il ne s’agit pas d’un test limité à un pays, ni d’une simple localisation linguistique. Le continent européen rassemble des régimes juridiques communs sur de nombreux sujets numériques, mais aussi des langues, des pratiques de consommation, des médias, des acteurs commerciaux et des sensibilités nationales très variés. Pour OpenAI, déployer une offre publicitaire dans cet ensemble suppose de composer avec cette diversité. Pour les annonceurs, cela ouvre la perspective d’un nouveau point de contact avec des publics locaux, à condition que les outils, les règles d’accès et les mécanismes de mesure soient suffisamment compréhensibles.
La source originale d’OpenAI ne transforme pas pour autant ChatGPT en moteur de recherche au sens strict. La plateforme conversationnelle conserve une logique propre : elle répond, synthétise, reformule et accompagne une demande. Mais l’orientation donnée aux annonceurs montre que les usages informationnels et commerciaux deviennent une dimension assumée de son développement. Cette évolution est significative parce que l’utilisateur ne se contente pas nécessairement de saisir quelques mots-clés. Il peut exposer un projet, préciser un budget, demander des contraintes techniques, comparer des scénarios et revenir sur son choix. Dans un tel cadre, le placement publicitaire n’est jamais neutre : il doit être lisible sans dégrader la confiance accordée à la réponse de l’assistant.
31 marchés européens et un terrain commercial très fragmenté
OpenAI annonce donc l’extension de ChatGPT Ads à 31 marchés en Europe. Le chiffre souligne l’ambition géographique de l’initiative, mais il ne dit pas à lui seul comment chaque marché sera abordé. L’Europe ne constitue pas un espace publicitaire homogène. Les langues y sont nombreuses, les catégories de produits les plus recherchées diffèrent, les habitudes d’achat varient, et les écosystèmes locaux de commerce en ligne, de médias, de banques, de télécommunications ou de tourisme conservent une forte importance.
Pour les marques françaises, l’intérêt potentiel est double. D’un côté, ChatGPT peut devenir un environnement supplémentaire pour toucher des internautes au moment où ils se renseignent, notamment dans des parcours qui commencent par une question générale plutôt que par une requête de marque. De l’autre, les entreprises françaises et européennes devront évaluer la place exacte de ce canal face aux outils déjà installés : moteurs de recherche, réseaux sociaux, plateformes de commerce, affichage numérique, marketing d’influence, comparateurs et campagnes de contenus.
Le vocabulaire de la « recherche et comparaison » rapproche naturellement ChatGPT Ads des marchés où l’intention est un signal central. Un utilisateur qui demande à comparer plusieurs types d’offres se situe souvent à un stade plus avancé qu’une personne simplement exposée à un message publicitaire dans un fil d’actualité. Mais l’intention conversationnelle peut être plus ambiguë qu’une requête classique. Elle peut relever de la simple curiosité, d’une préparation de projet ou d’une décision imminente. Elle peut aussi changer au fil de la discussion. Cette richesse contextuelle est un atout commercial potentiel, mais elle crée une exigence renforcée : éviter que l’utilisateur ne perçoive une orientation sponsorisée comme le prolongement naturel et objectif de la réponse de l’IA.
Le marché français offre un exemple utile de cette tension. Les utilisateurs ont pris l’habitude de naviguer entre plusieurs sources avant une décision : moteurs de recherche, sites d’avis, comparateurs, médias spécialisés, forums, sites de distributeurs et applications. ChatGPT peut s’ajouter à cette chaîne, sans nécessairement la remplacer. L’outil est susceptible d’intervenir en amont, lorsqu’une personne cherche à comprendre un besoin, puis à organiser ses critères. Pour un annonceur, le défi est de proposer une présence pertinente sans capter artificiellement une conversation qui aurait dû demeurer informative.
Pour les acteurs locaux, cette évolution peut aussi accroître la pression concurrentielle. Les grandes marques internationales disposent souvent de budgets importants, de capacités de création, de données internes et d’équipes dédiées à l’achat média. Une nouvelle interface publicitaire peut donc bénéficier rapidement aux annonceurs les plus structurés. À l’inverse, les petites et moyennes entreprises, les commerces, les éditeurs de logiciels ou les marques spécialisées n’en tireront réellement parti que si les conditions d’accès restent lisibles et que le coût d’acquisition demeure soutenable. L’annonce d’OpenAI souligne l’ouverture à 31 marchés, mais la qualité de l’adoption dépendra, au-delà du lancement, des modalités opérationnelles effectivement proposées aux annonceurs.
La dimension européenne a une autre conséquence : les entreprises qui opèrent dans plusieurs pays devront arbitrer entre standardisation et adaptation locale. Une même campagne ne se transpose pas mécaniquement de la France à l’Allemagne, à l’Espagne ou aux pays nordiques. Les formulations, les attentes sur le prix, les références culturelles et les exigences réglementaires peuvent différer. Dans une conversation, ces écarts sont encore plus visibles que dans une bannière standardisée, car la langue et le ton de l’échange font partie de l’expérience elle-même.
OpenAI entre ainsi sur un terrain déjà connu des plateformes numériques, mais avec une promesse d’interaction différente. Google a construit son activité publicitaire autour de l’organisation de l’information et de l’intention de recherche. Meta a bâti une très grande activité publicitaire autour de ses plateformes sociales et de leurs audiences. Amazon est devenu un acteur majeur de la publicité grâce à la proximité avec l’acte d’achat. ChatGPT, de son côté, se situe au croisement de la recherche, du conseil conversationnel et de l’assistance. La comparaison s’arrête toutefois là : les formats, le degré d’intégration, les possibilités de ciblage et les garanties proposées par OpenAI détermineront la nature réelle de la concurrence.
La publicité conversationnelle change la nature de l’interface
La publicité n’est pas nouvelle sur internet ; ce qui change ici est l’espace dans lequel elle prend place. Dans un moteur de recherche, l’utilisateur sait généralement qu’il consulte une page composée de liens, de résultats naturels et de placements sponsorisés. Dans un réseau social, les messages publicitaires apparaissent dans un flux de contenus produit par des comptes, des médias et des proches. Dans une conversation avec une IA, l’utilisateur sollicite une réponse formulée directement par le système. La frontière entre information, suggestion et promotion doit donc être particulièrement explicite.
Le risque principal ne tient pas seulement à la présence d’une publicité. Il tient à la possibilité d’une confusion. Si une personne demande quelles solutions envisager dans une catégorie donnée, elle doit pouvoir savoir immédiatement si un élément présenté relève d’une réponse générée, d’une source citée, d’une suggestion neutre ou d’une publicité achetée par un annonceur. Cette exigence est fondamentale pour préserver la confiance dans l’outil. Elle l’est aussi pour les annonceurs eux-mêmes : une campagne efficace sur le long terme ne peut pas dépendre d’une ambiguïté sur son caractère commercial.
OpenAI présente ChatGPT Ads comme un moyen de rejoindre les utilisateurs lorsqu’ils recherchent et comparent. Cette formulation signale une proximité avec les parcours de décision. Mais elle implique aussi un niveau de responsabilité élevé. À mesure que les questions deviennent détaillées, elles peuvent aborder des sujets liés à la santé, aux finances, à l’emploi, au logement, à l’éducation, au droit ou à la vie personnelle. Dans ces domaines, le poids d’une suggestion peut être très différent de celui d’une annonce affichée à côté d’un contenu généraliste. L’annonce européenne invite donc à observer, de façon concrète, les limites qui encadrent l’exposition publicitaire et le traitement des sujets sensibles.
La personnalisation est au cœur de ce débat. La valeur d’un assistant conversationnel réside en partie dans sa capacité à comprendre le contexte immédiat d’une demande. Or ce contexte peut être beaucoup plus expressif qu’une requête composée de quelques termes. L’utilisateur peut détailler sa situation, ses contraintes, ses préférences ou son niveau de connaissance. Si ce contexte intervient dans la diffusion publicitaire, les questions de consentement, de minimisation des données, de finalité et de contrôle deviennent immédiatement plus importantes, notamment pour les utilisateurs européens.
Il serait pourtant réducteur de considérer toute publicité conversationnelle comme nécessairement intrusive. Dans certains cas, un message commercial clairement signalé, directement lié à une recherche explicite et présenté avec des mécanismes de contrôle, peut être perçu comme utile. Le critère décisif est la transparence. L’utilisateur doit savoir ce qui est sponsorisé, comprendre pourquoi il le voit et disposer de repères clairs sur la manière dont ses interactions peuvent ou non être utilisées. Sans cette lisibilité, le caractère intime de la conversation peut rapidement faire basculer la perception de l’utilité vers celle de la surveillance ou de la manipulation.
La qualité de la séparation entre le contenu conversationnel et le contenu publicitaire sera également déterminante. Dans les interfaces numériques, la distinction visuelle, textuelle et fonctionnelle entre ces deux éléments n’est pas un détail de design. Elle conditionne la capacité du public à exercer un choix informé. Une mention trop discrète, une formulation ambiguë ou une intégration qui imiterait la réponse de l’assistant seraient susceptibles d’affaiblir ce choix. À l’inverse, une séparation nette peut limiter les malentendus, même si elle réduit potentiellement la fluidité commerciale recherchée par les annonceurs.
Le déploiement dans 31 marchés européens confère à cette question une portée particulière. Les utilisateurs européens disposent déjà d’une expérience importante des bandeaux de consentement, des options de confidentialité et des obligations de transparence mises en place par les grandes plateformes. Ils sont également confrontés à une fatigue face aux interfaces qui multiplient les sollicitations commerciales. ChatGPT Ads devra donc trouver un équilibre : créer une offre utile pour les marques sans importer dans la conversation les pratiques les plus agressives de l’économie de l’attention.
Le cadre européen : données, transparence et responsabilité des plateformes
L’arrivée de ChatGPT Ads en Europe ne peut être analysée sans tenir compte de l’environnement réglementaire du continent. Le Règlement général sur la protection des données, ou RGPD, encadre le traitement des données à caractère personnel. Le Digital Services Act, souvent désigné par son sigle DSA, impose notamment des obligations de transparence sur la publicité en ligne à certaines plateformes. D’autres règles européennes et nationales concernent les pratiques commerciales, la protection des consommateurs ou les communications électroniques. Le cadre applicable dépendra du fonctionnement concret du produit, de la nature des données concernées et du rôle de chaque acteur.
Le RGPD ne vise pas uniquement les données explicitement renseignées dans un formulaire. Dans une interface conversationnelle, la question peut concerner le contenu même des échanges lorsqu’il permet d’identifier directement ou indirectement une personne ou de déduire des informations la concernant. Les grands principes européens sont connus : finalité déterminée, minimisation des données, base juridique appropriée, information des personnes, sécurité et exercice des droits. Leur application à la publicité conversationnelle est néanmoins particulièrement délicate, car le contexte pertinent pour une annonce peut être issu d’une formulation libre et riche en détails.
Pour les utilisateurs français, le rôle de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, la CNIL, reste central dans le paysage de la protection des données. La CNIL ne fixe pas seule les règles européennes, mais ses recommandations, contrôles et prises de position participent fortement à la compréhension du cadre français. Les entreprises utilisant de nouveaux canaux publicitaires doivent anticiper ces contraintes, notamment lorsqu’elles souhaitent rapprocher des données issues de leurs propres systèmes de données clients d’environnements opérés par une plateforme tierce.
Le DSA ajoute une autre couche de vigilance. Son ambition est notamment d’améliorer la transparence des systèmes en ligne. Dans le cas de la publicité, la capacité à identifier clairement le caractère promotionnel d’un contenu et son payeur constitue un principe essentiel. La publicité conversationnelle rend cette transparence d’autant plus nécessaire que l’utilisateur peut attribuer une autorité particulière à une réponse formulée dans un langage naturel fluide. Dans une discussion, la forme rédactionnelle peut donner l’impression d’un conseil individualisé, alors même qu’un élément commercial pourrait être présent. L’étiquetage et la présentation ne sont donc pas seulement des obligations formelles : ils participent à la protection de l’autonomie de décision.
La réglementation européenne sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, constitue également le décor de long terme dans lequel évoluent les fournisseurs de systèmes d’IA. Elle ne transforme pas, à elle seule, toute publicité affichée dans un chatbot en un cas juridique simple. Mais elle illustre le mouvement général du continent : demander davantage de transparence, d’évaluation des risques et de responsabilité dans les systèmes numériques fondés sur l’IA. L’intersection entre IA générative, ciblage publicitaire et données personnelles sera donc suivie de près par les régulateurs, les associations de consommateurs, les annonceurs et les utilisateurs.
Pour OpenAI, l’expansion européenne représente aussi un test de gouvernance. L’entreprise devra convaincre que l’introduction d’une logique commerciale dans ChatGPT ne compromet pas la fiabilité perçue de ses réponses. Le problème est moins théorique qu’il n’y paraît. Si un utilisateur doute de l’indépendance d’une recommandation, il peut modifier son comportement, réduire la profondeur de ses demandes ou se tourner vers d’autres outils. Si un annonceur estime que le format n’est pas suffisamment clair ou que l’environnement est source de risques réputationnels, il peut limiter ses investissements. La confiance est donc une condition économique du dispositif autant qu’un enjeu éthique.
Les entreprises françaises devront, de leur côté, éviter de considérer cette offre comme un simple canal additionnel. L’achat d’espace dans une conversation suppose une réflexion sur les catégories de produits promues, les messages employés, les publics visés et les parcours de conversion. Une marque responsable devra s’assurer que ses créations ne tirent pas parti d’une vulnérabilité, d’une confusion ou d’une détresse exprimée dans un échange. Les secteurs réglementés, tels que la finance, l’assurance, la santé ou les services juridiques, devront être particulièrement attentifs au cadre applicable à leurs propres communications.
Une concurrence accrue pour la recherche, mais un modèle encore à prouver
L’annonce d’OpenAI intervient dans un contexte où les plateformes cherchent toutes à intégrer davantage d’intelligence artificielle dans les parcours d’information et de découverte. Google a largement développé son activité autour de la recherche et de la publicité associée aux requêtes. Microsoft dispose de Bing et de son activité publicitaire, tout en ayant été un partenaire majeur d’OpenAI. Meta travaille sur des assistants et sur l’intégration de l’IA dans ses services, tandis qu’Amazon occupe une position spécifique grâce à la proximité entre recherche de produits, commerce et publicité. La bataille ne porte donc pas uniquement sur la qualité des modèles d’IA : elle concerne aussi la capacité à transformer des usages en revenus.
ChatGPT Ads peut modifier les arbitrages des annonceurs qui consacrent déjà une part importante de leurs budgets aux moteurs de recherche. Dans la recherche classique, l’annonceur achète généralement une visibilité associée à des mots-clés, à des requêtes, à des audiences ou à des contextes. Dans une conversation, le besoin peut être formulé de manière beaucoup plus naturelle. Cette différence pourrait permettre à un annonceur de rencontrer une demande plus qualifiée, mais elle rend aussi plus difficile l’évaluation de ce qui a réellement déclenché l’exposition d’un message commercial.
La mesure constituera l’un des sujets les plus sensibles. Les annonceurs attendent traditionnellement des indicateurs de diffusion, d’engagement, de trafic, de conversion, de ventes ou de retour sur investissement. Or l’assistant conversationnel peut jouer un rôle d’influence qui ne se laisse pas toujours réduire à un clic. Une personne peut découvrir une solution dans ChatGPT, poursuivre ses recherches ailleurs, discuter avec un proche, puis effectuer un achat plusieurs jours plus tard sur un autre appareil. Ce type de parcours existe déjà dans la publicité numérique, mais il devient encore plus complexe lorsque la première interaction est une conversation.
Le défi n’est pas seulement technique. Une mesure trop intrusive peut entrer en tension avec les attentes européennes sur la protection des données. À l’inverse, une mesure trop limitée pourrait empêcher les annonceurs de déterminer si leurs dépenses produisent un résultat réel. C’est l’un des arbitrages structurants de la publicité numérique en Europe : rendre compte de la performance sans transformer chaque interaction en matériau de profilage exhaustif. L’évolution de ChatGPT Ads sera observée à l’aune de cet équilibre.
La concurrence portera aussi sur l’expérience utilisateur. Les moteurs de recherche disposent d’années d’habitudes, de normes visuelles et de mécanismes publicitaires connus. Les réseaux sociaux disposent d’un inventaire considérable et de formats créatifs diversifiés. ChatGPT doit, lui, démontrer qu’une publicité peut trouver une place dans une interface de dialogue sans détériorer l’utilité qui a fait l’adoption du service. Une expérience surchargée de messages commerciaux pourrait réduire la qualité perçue. Une expérience trop discrète ou trop restreinte pourrait ne pas générer l’intérêt économique espéré. L’équilibre est fin.
Pour le marché francophone, l’enjeu dépasse les seuls budgets médias. Les agences, les éditeurs de logiciels marketing, les équipes de communication et les directions juridiques devront développer de nouvelles compétences. Il faudra comprendre comment rédiger pour une interface conversationnelle, comment préserver une identité de marque dans un environnement où l’IA reformule et contextualise, comment vérifier la conformité des messages, et comment évaluer la présence d’une marque lorsque le parcours de l’utilisateur n’est pas linéaire.
Les médias français et européens peuvent eux aussi suivre cette évolution avec attention. L’émergence d’assistants de recherche et de comparaison modifie les chemins d’accès à l’information et aux recommandations. Si les utilisateurs obtiennent davantage de réponses dans une interface unique, la visibilité des sources, des sites spécialisés et des comparateurs peut évoluer. L’introduction de publicité dans cet espace renforce encore l’importance de la provenance des informations et de la distinction entre contenu éditorial, réponse générée et message sponsorisé.
Le véritable test sera celui de la confiance européenne
L’expansion de ChatGPT Ads à 31 marchés européens marque une étape concrète dans la stratégie commerciale d’OpenAI. L’entreprise ne propose plus seulement un service d’IA financé par des formules d’accès et des offres destinées aux organisations : elle ouvre explicitement un espace publicitaire dans une interface conversationnelle à très forte visibilité. La promesse adressée aux annonceurs est celle d’une présence au moment où les utilisateurs recherchent et comparent. Cette promesse est attractive parce qu’elle se situe près de la formation d’une intention.
Mais la réussite du modèle européen ne se jouera pas uniquement sur la demande des marques. Elle dépendra de la manière dont OpenAI matérialisera la séparation entre aide et publicité, de la compréhension que les utilisateurs auront des règles appliquées à leurs échanges, et de la capacité de l’entreprise à répondre aux attentes réglementaires propres au continent. Dans une conversation, le moindre flou peut avoir davantage de conséquences que sur une page web traditionnelle. L’utilisateur ne consulte pas seulement une liste de résultats : il établit un dialogue avec un système auquel il demande parfois de l’aider à prendre une décision.
Pour la France et les autres marchés européens, ChatGPT Ads peut ouvrir une nouvelle période d’expérimentation publicitaire. Les annonceurs y verront une possibilité d’être présents plus tôt dans le parcours de réflexion. Les utilisateurs y verront peut-être un service mieux financé, mais aussi un changement de contrat implicite avec l’outil. Les régulateurs et les associations de consommateurs examineront la clarté du dispositif, la protection des données et la prévention des pratiques trompeuses.
À long terme, l’enjeu dépasse OpenAI. Si la publicité trouve durablement sa place dans les assistants conversationnels, elle pourrait redéfinir une partie de l’économie de l’IA grand public. Les interfaces de dialogue deviendraient non seulement des outils de productivité ou de recherche, mais aussi de nouveaux espaces de médiation commerciale. En Europe, cette transformation ne pourra s’installer qu’à une condition : que l’augmentation de la pertinence publicitaire ne se fasse pas au prix de l’opacité. C’est sur ce point, bien davantage que sur le nombre de marchés couverts, que se jouera la portée réelle de l’offensive d’OpenAI.
Commentaires· 2 commentaires
L’expression « durant leurs recherches » mérite d’être précisée : les annonces seraient-elles clairement distinguées des réponses générées, et sur quels signaux de ciblage reposeraient-elles en Europe ? J’aimerais aussi voir la source détaillant les garanties de consentement et de protection des données, sujet particulièrement sensible dans ce contexte.
Ce sont effectivement les points à vérifier dans l’annonce officielle et la documentation destinée aux annonceurs : étiquetage visuel des contenus sponsorisés, données utilisées pour le ciblage, possibilités de refus ou de réglage, ainsi que les conditions propres au RGPD. Sans ces précisions, il est difficile d’évaluer si ce canal apporte autre chose qu’un format publicitaire classique intégré à une interface conversationnelle.